Cela fera 10 ans dans quelques jours que vous m’avez permis de changer de vie du tout au tout grâce à votre détestable intervention du 19 mai 1998 sur l’autoroute A4.
Reprenons dans l’ordre les conséquences de votre geste.

Je vous remercie d’abord d’avoir laissé le conducteur qui me suivait, ainsi que les CRS d’autoroute, prévenir les secours. CRS qui ont pu constater votre excès de vitesse sans autorisation ou justification. Par votre silence, vous vous excluez de fait de toute implication dans la suite des évènements.

Le SAMU intervint donc et préféra attendre les pompiers qui eux décidèrent devant la gravité de mon état général de me faire évacuer par hélicoptère sur l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. J’ai en effet sombré dans le coma dès que mon corps a touché le sol et mon pronostic vital est très engagé, il n’arrive en effet qu’à 4 sur 15 à l’échelle de Glasgow.

J’arrive dans le service de réanimation de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, service que je quitterai le 07 juillet après 45 jours de coma pour le service de chirurgie orthopédique où je subirai la première des 10 anesthésies générales qui ponctueront ma nouvelle vie d’handicapé moteur.
Je ne vous parle pas bien entendu des dommages collatéraux que vous avez provoqués au sein de ma famille et de mes amis qui, pendus aux nouvelles médicales peu encourageantes sur ma capacité à survivre à cet évènement s’interrogent sur les suites que réserve mon hospitalisation et, bien entendu, ma vie future.

Le 20 juillet 1998, je quitte la région parisienne pour le Centre de Rééducation de Kerpape en Bretagne d’où je suis originaire. Là, je commence ma vie d’handicapé moteur et traumatisé crânien.
Réapprendre à écrire et recouvrer la mémoire que le coma a en partie effacée sont les premières marches à gravir dans ce long processus de rééducation et de réadaptation à la vie. Il faut apprendre une nouvelle existence, où le milieu médical sera désormais omniprésent, et où ma pharmacopée est rendue indispensable pour m’aider à lutter contre les conséquences d’une paraplégie, d’une hémiplégie et d’un traumatisme crânien. Reconnaître un corps qui a changé, amaigri où les ordres simples n’ont plus l’écho qu’ils avaient le 19 mai 1998 au matin, se rendre compte que désormais la simplicité fera partie du passé.

Après 25 mois d’hospitalisation dans ce centre, je reprends le cours d’une vie totalement modifiée. Désormais, je sais que je ne reprendrais jamais une vie professionnelle normale et de surcroît, je suis bien loin de Paris.
Rarement souffrant avant votre intervention, je ne côtoyais que rarement le corps médical, mais grâce à vous j’ai rattrapé ce retard et même pris de l’avance. J’ai en effet poursuivi mon « stage » en chirurgie orthopédique à deux reprises pour essayer d’améliorer ce coude gauche qui m’oblige à être tributaire d’une aide humaine. Toute sortie ou installation sur mon fauteuil, tous les actes de la vie quotidienne, les déplacements en fauteuil, sans parler de l’habillement très compliqué avec un seul membre de réellement efficace sur quatre.

Enfin à force de volonté, j’ai pu reprendre une activité professionnelle réduite à une peau de chagrin tant la difficulté à me concentrer et à me projeter dans l’avenir est difficile. De plus mes séances quotidiennes de kinésithérapie qui m’aident à maintenir mon état physique dans un état correct ne me permettent d’optimiser mon temps de travail. C’est une chance, j’occupe mon poste à mon domicile en télétravail.

Vous me rétorquerez que le tribunal correctionnel vous a déjà condamné et que votre assureur me dédommage selon mes préjudices. Certes, la loi est passée et je n’y reviendrai pas, mais votre attitude depuis la première seconde après le choc est vraiment méprisable (quel courage pour un auxiliaire de santé !), ne pas prendre les choses en main et ne pas vous impliquer en tant que personne responsable est effrayante, pas la moindre considération envers la vie que vous m’avez contraint à vivre désormais.

Tous ces maux, grâce à vous, et pourtant pas un seul mot de votre part. Méprisable est donc l’adjectif qui me vient régulièrement pour qualifier votre attitude depuis le début.

Comme j’espère vous pouvez le constater, il n’y a aucune agressivité de ma part, mais un simple constat de votre médiocrité à être simple spectateur des effets secondaires de vos actes. Car assumer ses actes est à mon avis la preuve d’un comportement adulte et responsable, le signe d’une personne respectable.



Je vous encourage à réfléchir à cette notion.